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Énergie durable et entrepreneuriat en RDC : les questions de Marie Nyange Ndambo au cœur d’une soutenance de doctorat

Par Jean-Robert DJEMA5 min de lecture
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La soutenance de doctorat de Zabudi Tansel Paulin, tenue le 16 septembre 2026 à l’Université pédagogique nationale (UPN), a ouvert un débat de fond sur le rapport entre énergie, entrepreneuriat et croissance économique en République démocratique du Congo. Membre du jury, la professeure Marie Nyange Ndambo a invité le candidat à dépasser la seule question du déficit énergétique pour analyser les multiples facteurs qui conditionnent la dynamique entrepreneuriale et la croissance endogène.

La disponibilité de l’énergie suffit-elle à stimuler l’entrepreneuriat et à accélérer la croissance économique en République démocratique du Congo ? La question a constitué l’un des principaux fils conducteurs des échanges lors de la soutenance de thèse de Zabudi Tansel Paulin.

Intitulée « Gouvernance stratégique des énergies durables et performance de l’économie entrepreneuriale en République démocratique du Congo : vers un modèle stratégique intégré de la croissance économique », la recherche examine les relations entre gouvernance énergétique, développement entrepreneurial et croissance économique.

Le candidat s’est notamment intéressé au potentiel de l’hydroélectricité, du solaire et de la biomasse moderne comme leviers susceptibles de soutenir les petites et moyennes entreprises, les initiatives locales et une croissance plus inclusive.

Dans un pays confronté à d'importantes difficultés d'accès à une énergie fiable, la problématique revêt une importance particulière. La production insuffisante, les limites des réseaux de transport et les difficultés de distribution de l’électricité sont régulièrement présentées comme des contraintes à l’activité économique.

Mais pour la professeure Marie Nyange Ndambo, cette lecture ne saurait suffire à expliquer les performances de l’entrepreneuriat congolais.

L’énergie ne fait pas, à elle seule, l’entrepreneur

Au cours de la soutenance, la membre du jury a notamment questionné le lien direct que l’on pourrait établir entre disponibilité énergétique et développement entrepreneurial.

Elle s’est appuyée sur l’exemple du Katanga, importante région minière, pour interroger l’utilisation économique de l’énergie produite à grande échelle.

«« Arrivé au Katanga, vous allez voir que tout tourne principalement autour des mines. Pourquoi cette énergie n’a-t-elle pas servi d’autres secteurs ? Est-ce qu’on peut dire que c’est le manque d’énergie qui fait que les gens n’entreprennent pas ? »»

À travers cette interrogation, Marie Nyange Ndambo a déplacé le débat de la simple production d’électricité vers sa répartition, son accessibilité et surtout son utilisation productive.

L’enjeu consiste alors à déterminer si une augmentation de l’offre énergétique entraîne mécaniquement une diversification du tissu entrepreneurial. Une région peut disposer d’importantes infrastructures énergétiques sans que l’ensemble de son économie bénéficie nécessairement de manière équivalente des capacités disponibles.

L’énergie peut créer des conditions favorables à l’activité économique. Elle doit toutefois être associée à d’autres facteurs permettant aux entreprises de se créer, de fonctionner et de se développer.

« En tant qu’économiste, je sais que parmi les infrastructures de base qui provoquent la croissance, l’énergie et l’air sont les éléments majeurs », a déclaré la professeure, tout en invitant le candidat à approfondir son analyse.

Elle a insisté sur la nécessité, au niveau doctoral, d’aller au-delà du constat du déficit énergétique pour identifier les mécanismes qui déterminent véritablement l’entrepreneuriat.

Cette approche renvoie notamment à plusieurs variables : l’accès au financement, la formation, les infrastructures, la fiscalité, l’accès aux marchés, les compétences techniques, l’innovation et la stabilité de l’environnement réglementaire.

Le paradoxe énergétique congolais

Une autre interrogation majeure a porté sur la croissance endogène, notion qui permet d’examiner la capacité d’une économie à construire sa croissance à partir de ses ressources, de ses compétences et de ses capacités internes.

« Pourquoi vous n’avez pas développé ce concept ? Ça vous permettrait de comprendre comment la RDC peut faire pour enclencher une croissance qui dépend des facteurs internes », a questionné Marie Nyange Ndambo.

La question prend une résonance particulière en RDC, pays doté d’un potentiel considérable en matière hydroélectrique, solaire et de biomasse.

Le paradoxe est cependant manifeste : disposer d’importantes ressources énergétiques ne signifie pas automatiquement disposer d’une énergie suffisante, accessible et adaptée aux besoins des acteurs économiques.

Le véritable enjeu se situe donc dans la transformation du potentiel en capacité productive effective.

Comment transformer le potentiel hydroélectrique ou solaire en électricité effectivement disponible pour les entreprises ? Comment faire en sorte que cette énergie bénéficie également aux PME, aux exploitations agricoles, aux ateliers, aux services et aux initiatives entrepreneuriales locales, au-delà des grands projets industriels ?

Ces questions impliquent des investissements dans les infrastructures, mais aussi des politiques de financement, de formation, de transfert technologique et de gouvernance.

L’un des enseignements du débat est ainsi la distinction entre ressource disponible et capacité productive.

La présence de ressources énergétiques ne garantit pas, à elle seule, leur transformation en valeur économique. Entre la ressource et la croissance interviennent plusieurs étapes : planification, financement, construction des infrastructures, production, transport, distribution, accès des utilisateurs et capacité des entreprises à intégrer l’énergie dans leurs processus de production.

C’est précisément dans cette chaîne que la gouvernance des énergies durables prend toute son importance.

Une stratégie énergétique orientée vers la croissance économique ne consiste donc pas uniquement à augmenter la quantité d’électricité produite. Elle doit également répondre à des questions liées au coût, à l’accessibilité, à la distribution, aux bénéficiaires et aux secteurs économiques ciblés.

Le « modèle Z tensiologie » face au regard du jury

La discussion a également porté sur l’apport théorique de la thèse.

Dans son travail, Zabudi Tansel Paulin propose un modèle de croissance qu’il baptise « modèle Z tensiologie ». La professeure Marie Nyange Ndambo a demandé au candidat d’en préciser les fondements et de démontrer ce qui le distingue des modèles déjà développés dans la littérature scientifique.

« Pour finir, vous avez créé votre modèle de croissance que vous avez nommé modèle Z tensiologie. Est-ce qu’on peut comprendre le tenant de ce modèle et en quoi est-ce qu’il est différent des modèles qui existent déjà ? », a-t-elle interrogé.

La question touche directement à l’originalité scientifique de la recherche. Dans une thèse de doctorat, la proposition d’un nouveau modèle suppose notamment de préciser ses fondements théoriques, ses mécanismes, sa pertinence et sa contribution par rapport aux connaissances existantes.

Dans le cas de cette recherche, le modèle ambitionne de mettre en relation plusieurs dimensions : énergies durables, gouvernance, entrepreneuriat et croissance économique.

Les échanges de cette soutenance dépassent ainsi le seul cadre académique. Ils renvoient à une question centrale de développement pour la RDC : comment transformer son potentiel énergétique en capacités économiques réellement productives ?

Le développement des énergies renouvelables peut contribuer à améliorer l’accès à l’électricité, notamment dans les zones insuffisamment desservies. Mais les retombées économiques dépendront également de l’environnement dans lequel ces infrastructures seront exploitées.

L’accès des PME au financement, les investissements verts, les compétences techniques, l’innovation, les infrastructures, l’accès aux marchés et la qualité du cadre réglementaire constituent autant de facteurs susceptibles d’influencer la capacité de l’énergie à produire des effets économiques durables.

L’enjeu n’est donc pas uniquement de produire davantage d’électricité, mais de faire de cette énergie un véritable facteur de transformation productive.

La notion de croissance endogène ouvre, dans cette perspective, une autre piste de réflexion.

Pour la RDC, il s’agit de mieux valoriser ses ressources tout en développant les capacités humaines, technologiques et institutionnelles nécessaires à leur transformation.

L’hydroélectricité, le solaire ou la biomasse peuvent constituer des sources d’énergie. Mais la création de richesse dépend ensuite de la manière dont cette énergie est intégrée dans les entreprises, les chaînes de production et les économies locales.

La problématique énergétique rejoint ainsi celle de la capacité productive nationale : produire davantage d’électricité peut créer des opportunités, mais celles-ci doivent pouvoir être transformées en activités économiques durables grâce aux entrepreneurs, aux capitaux, aux compétences, aux marchés et à un environnement réglementaire adapté.

Les échanges autour de la thèse de Zabudi Tansel Paulin ont finalement mis en évidence une chaîne essentielle : le potentiel énergétique doit devenir une énergie disponible ; l’énergie disponible doit soutenir la production ; la production doit favoriser l’entrepreneuriat ; et l’entrepreneuriat doit contribuer à la création de valeur, d’emplois et de croissance.

Dans cette logique, l’énergie apparaît comme une infrastructure fondamentale, mais elle ne constitue pas à elle seule l’explication du dynamisme ou des difficultés de l’entrepreneuriat.

Le financement, la formation, les infrastructures, l’innovation, la fiscalité, l’accès aux marchés, la stabilité réglementaire et la gouvernance participent également à la construction d’un écosystème favorable aux entreprises.

La réflexion engagée lors de cette soutenance conduit ainsi à élargir le regard : le défi de la RDC n’est pas seulement de disposer de ressources énergétiques, mais de parvenir à les transformer en capacités productives et en opportunités économiques concrètes.

Une réflexion entre recherche scientifique et développement

En interrogeant le candidat sur les déterminants de l’entrepreneuriat, la croissance endogène et l’originalité de son modèle, Marie Nyange Ndambo a contribué à élargir la portée du débat autour de la thèse.

La question centrale demeure celle de la transformation du potentiel en résultats : comment faire de l’énergie durable non seulement une ressource disponible, mais un levier effectif de production, d’entrepreneuriat, d’emploi et de croissance ?

La réponse ne relève pas du seul secteur énergétique. Elle suppose une articulation entre énergie, infrastructures, financement, compétences, innovation, gouvernance et développement des entreprises.

C’est à cette intersection entre énergie et transformation économique que s’inscrit la recherche présentée par Zabudi Tansel Paulin lors de sa soutenance du 16 septembre 2026 à l’Université pédagogique nationale.

Jean-Robert Djema

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Jean-Robert DJEMA

Journaliste

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