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La mémoire cachée de nos cellules : l'épigénétique peut-elle expliquer la résurgence du Mpox à Madagascar et en RDC ?

Mpox : une épidémie qui revient, et une question qui s'impose

Par ELISEE KITEMI5 min de lecture
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La mémoire cachée de nos cellules : l'épigénétique peut-elle expliquer la résurgence du Mpox à Madagascar et en RDC ?

ENTRETIEN – Research'HEALTH

Entretien réalisé par Élisée Kitemi (pour Research'HEALTH et LubumbashiPost), septembre 2026, avec le Dr Faneva Randrianarisoa, interne en médecine humaine, Université d'Antananarivo (Madagascar)

Mpox : une épidémie qui revient, et une question qui s'impose

22 cas suspects de Mpox et plus de trois décès signalés début septembre dans la zone de santé de Luebo, au Kasaï, en République Démocratique du Congo (RDC) Radio Okapi. À plus de 2 000 kilomètres de là, Madagascar fait face depuis décembre 2025 à ce qui est décrit comme la plus importante flambée de Mpox due au clade Ib dans la Région africaine, et à l'échelle mondiale HealthyTravel.

Alors que l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait déjà enregistré des pics élevés de cas en 2022 et 2024, avec la RDC comme source première et les voyages internationaux incriminés, un détail trouble les certitudes : le premier cas malgache ne rapportait aucun voyage récent. L'épidémie serait-elle donc restée tapie, jamais vaincue, jamais éradiquée ? Ou faut-il chercher ailleurs ; jusque dans la mémoire chimique de nos propres cellules immunitaires – les raisons de cette résurgence ? 

C'est tout l'enjeu de notre entretien avec le Dr Faneva Randrianarisoa, qui nous éclaire sur la situation à Madagascar et sur une hypothèse scientifique audacieuse : le rôle de l'épigénétique dans les résurgences épidémiques.

Mpox : ce qu'il faut savoir

Le Mpox (anciennement « variole du singe ») est une maladie due au Monkeypox virus, un virus appartenant au genre des Orthopoxvirus – la même famille que le virus de la variole, éradiquée en 1980. Comme le rappelle le Dr Faneva :
« C'est une zoonose qui peut transmettre de l'animal à l'être humain ou d'une personne à une autre, par des contacts physiques avec la personne infectée et ses lésions, ou des objets contaminés, ou bien les liquides biologiques. »

Les symptômes sont caractéristiques : fièvre, adénopathies (ganglions gonflés), asthénie (fatigue intense), céphalées et éruptions cutanées vésiculeuses. Si la plupart des cas se résolvent spontanément, la maladie peut se révéler sévère chez les enfants, les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées.
Madagascar : le point sur l'épidémie

Selon les données disponibles à la fin du mois de juillet 2026, plus de 3 580 cas de Mpox ont été confirmés à Madagascar, dont 23 décès rapportés, nous indique le Dr Faneva (chiffres communiqués par l'interviewée). La transmission reste active, avec une concentration importante à Mahajanga, grand port de la côte nord-ouest de l'île.

Pourquoi Mahajanga ?

« On a noté une forte mobilité de la population et des contacts interpersonnels rapprochés », précise-t-elle. Une explication épidémiologique classique : les grands carrefours d'échanges ; ports, marchés, axes de transport ; multiplient les occasions de contact étroit, principal mode de contamination du virus.
Cette dynamique s'inscrit dans un tableau plus large. L'OMS avait constaté, dès janvier 2026, une transmission communautaire du clade Ib à Madagascar  ; c'est-à-dire une circulation du virus au sein même de la population, sans lien avec l'étranger. Les données de suivi montrent une progression rapide : 228 cas signalés au 12 janvier 2026, puis une expansion géographique continue au fil des semaines ReliefWeb, Beacon Bio.

Épidémie importée ou jamais éradiquée ? La prudence du chercheur

C'est ici que la rigueur scientifique de notre interlocutrice fait la différence. L'absence de notion de voyage chez le premier cas pourrait suggérer que l'épidémie n'a jamais quitté l'île. Mais le Dr Faneva tempère :

« L'absence de notion de voyage récent chez le premier cas suggère une possible transmission locale du virus. Toutefois, elle ne permet pas à elle seule d'affirmer que la transmission s'est poursuivie de manière ininterrompue depuis l'introduction initiale du virus à Madagascar. Une surveillance rétrospective et des analyses génomiques seraient nécessaires pour déterminer l'origine et la continuité des chaînes de transmission. »

En clair : l'arbre ne fait pas la forêt. Un seul cas sans antécédent de voyage ne suffit pas à conclure à une circulation ininterrompue du virus.

La réponse du séquençage génomique : une introduction récente

Les analyses génomiques ont bien été menées. Une étude publiée en 2026, impliquant notamment l'Institut Pasteur de Madagascar, a réalisé le séquençage de 11 génomes quasi complets du virus Mpox provenant de cas malgaches ; une première, obtenue par séquençage nanopore à partir d'échantillons de patients PubMed ; Raharinosy et al., 2026, Virology Journal.

Le verdict de la génétique : ces génomes étaient génétiquement proches de souches ayant circulé en RDC et en Ouganda entre 2024 et 2025. Les chercheurs y voient la preuve génomique d'une introduction relativement récente du virus depuis l'Afrique continentale, suivie d'une transmission locale ; et non d'une continuité des chaînes de transmission depuis des années.

Autre point important soulevé au cours de l'entretien : aucune mutation spécifique expliquant la résurgence à Madagascar n'a été démontrée. Les analyses portent surtout sur le génome du virus lui-même, permettant de retracer son origine phylogénétique ; son arbre généalogique, en quelque sorte.

La question qui change tout : et si le secret était dans l'hôte, pas dans le virus ?

Voici le cœur innovant de notre réflexion. Les analyses génomiques nous renseignent sur le virus. Mais qu'en est-il des porteurs ? Car un virus n'infecte pas un organisme dans un vide biologique : il affronte un système immunitaire qui a une histoire.

La « trained immunity » : quand nos cellules se souviennent

Depuis une publication fondatrice dans Science Netea et al., 2016, les immunologistes savent que l'immunité innée ; notre première ligne de défense, notamment portée par les macrophages et les monocytes ; n'est pas amnésique comme on le croyait. Ces cellules peuvent développer une forme de mémoire, appelée « trained immunity » (immunité entraînée).

Le mécanisme est épigénétique : sans modifier la séquence de l'ADN, des marques chimiques ; méthylations de l'ADN, modifications des histones comme l'acétylation H3K27ac ; viennent recâbler la lecture des gènes inflammatoires. Une cellule « entraînée » par une infection antérieure ou un vaccin (comme le BCG) réagira plus vite et plus fort face à un intrus ultérieur.

Le revers de la médaille : un entraînement détraqué

Mais cet entraînement peut mal tourner, et c'est là que les recherches deviennent fascinantes ; et inquiétantes pour nos régions :

- La malnutrition chronique remodelle elle aussi épigénétiquement les cellules immunitaires innées, en altérant durablement leur réponse cytokinique Sturgeon et al., Nutrition Reviews, 2023. Un organisme dénutri peut produire une réponse inflammatoire trop faible ; le virus « s'échappe » ; ou, à l'inverse, un orage cytokinique dévastateur.

- Le paludisme chronique, endémique à Madagascar et en RDC, imprime durablement les monocytes et interagit avec ces programmes métaboliques et épigénétiques Dobbs & Dent, Immunological Reviews, 2020, Djamiatun, 2025.

- Le stress, d'autres infections (la question d'Ebola ou du choléra se pose aussi), laity des co-infections et le statut nutritionnel façonnent collectivement la diversité immunitaire des populations Nguyen et al., Heliyon, 202500216-6).

La question posée au Dr Faneva ; et sa réponse

Research'HEALTH (Élisée KITEMI) : Le Mpox serait-il responsable de l'état épigénétique des nouveaux cas ; donc facteur favorisant de sa réapparition à Madagascar ; ou existe-t-il d'autres pathologies ou facteurs, dans certaines régions notamment Mahajanga, qui pourraient expliquer un état épigénétique favorable aux résurgences épidémiques ?

« Oui, l'hypothèse est intéressante, mais elle reste à démontrer. Les analyses génomiques concernent surtout le virus, et aucune mutation spécifique expliquant la résurgence à Madagascar n'a été démontrée. »

Et d'ajouter : « Pour Madagascar, les travaux publiés que je trouve portent surtout sur le génome du MPXV à partir d'échantillons de patients. Ils permettent de comparer les souches et leur origine phylogénétique. »

Ce que la science ne sait pas (encore)

Il faut le dire sans détour, et c'est peut-être la leçon la plus importante de cet entretien : la donnée n'existe pas. Pour Madagascar, aucune étude publiée à ce jour ne caractérise l'état épigénétique des personnes infectées ; vivantes ou décédées. La science regarde le virus à la loupe génomique, mais n'a pas encore braqué celle-ci sur ses hôtes.

Trois distinctions s'imposent donc, pour ne pas confondre hypothèse et démonstration :

1. L'épigénome du virus ≠ l'épigénome de l'hôte. Le séquençage de 11 génomes malgaches renseigne sur l'ADN du MPXV et son origine. Il ne dit rien de l'état immunitaire des patients.

2. La trained immunity est un fait scientifique établi ; son rôle précis dans la résurgence du Mpox à Madagascar est, lui, une hypothèse non testée. Paludisme chronique, malnutrition et co-infections modifient bien les réponses immunitaires innées dans la littérature ; mais leur contribution spécifique à cette vague n'a pas été mesurée.

3. L'origine de l'épidémie malgache est tranchée par la génomique : introduction récente depuis l'Afrique continentale suivie de transmission locale Raharinosy et al., 2026, et non résurgence d'une souche ancestrale locale. La question épigénétique ne porte donc pas sur « d'où vient le virus », mais sur pourquoi la population laisse tant de place à sa propagation.

Prévention et traitement : les gestes qui comptent

Le Dr Faneva insiste sur des mesures simples mais vitales :
« Il est essentiel de dépister précocement les cas suspects, d'éviter les contacts rapprochés avec les personnes infectées, de respecter une bonne hygiène des mains et de se faire vacciner, le vaccin étant désormais disponible à Madagascar, notamment pour les personnes à risque. Le traitement reste principalement symptomatique et repose également sur l'isolement des cas afin de limiter la transmission. » (propos de l'interviewée)

À retenir : le dépistage précoce, l'hygiène des mains, l'évitement des contacts rapprochés avec les lésions, la vaccination des personnes à risque, et l'isolement des cas confirmés. Le traitement étant symptomatique, la prévention demeure la meilleure arme.

Le mot de la fin

« L'hypothèse est intéressante, mais elle reste à démontrer. » Dr Faneva Randrianarisoa

Cette phrase résume l'esprit de la recherche : oser poser les questions nouvelles ; le rôle de l'épigénétique des porteurs dans les résurgences épidémiques ; sans jamais les présenter comme des vérités avant que les données n'existent. Entre un virus dont le génome nous parle désormais clairement et des hôtes dont la mémoire immunitaire demeure un continent inexploré, le prochain chapitre de la lutte contre le Mpox s'écrit peut-être... dans nos cellules.

Research'HEALTH et LubumbashiPost remercient le Dr Faneva Randrianarisoa pour la qualité et la précision de ses éclairages. Quant à sa recommandation pour la suite des entretiens avec nos ambassadeurs : poursuivre dans cette voie, en choisissant des sujets d'actualité en fonction des pays d'origine des ambassadeurs.

Note de la rédaction : 

Research'HEALTH est une plateforme de vulgarisation scientifique basée à Lubumbashi, centrée sur la recherche, l'innovation, la vulgarisation scientifique et l'entrepreneuriat dans le secteur médical.

Sources scientifiques : Netea et al., Science (2016) ; Raharinosy et al., Virology Journal (2026) ; Sturgeon et al., Nutrition Reviews (2023) ; Dobbs & Dent, Immunological Reviews (2020) ; OMS AFRO ; Radio Okapi ; ReliefWeb. Les chiffres malgaches de juillet 2026 et les éléments de terrain sont attribués à l'entretien avec le Dr Faneva Randrianarisoa.

© eliseekitemi53@gmail.com

Signé

ELISEE KITEMI

Journaliste

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Miracle Bembo

Waouh ! Que c'est intéressant de savoir tout ceci 🤔 Merci beaucoup à Research'HEALTH ainsi qu'à son équipe pour ce travail.

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